Le Français David Savary se passionne pour la photo. On a été des collègues à un cours de Communication en situation de crise, à Paris, et on a « chassé » des images pendant une soirée pluvieuse, dans le quartier Montmartre. On est restés des amis. Il y a quelque temps, David m’a demandé des photos avec des paysages de Roumanie. J’avais seulement des photos de Maramures et d’Ardeal ; à la suite d’une sélection rigoureuse, j’ai choisi douze images que David a publiées sur son site (http://davidsavary.free.fr), en offrant des explications pour chacune d’elles. La rencontre surprise – pendant cet été, quand je lui ai téléphonné et je lui ai dit : «Salut, David! Je suis à Amboise et aujourd’hui je vais arriver à Tours (sa ville natale)» – a été un bon prétexte pour la naissance de cette interview, où David dévoile à nos lecteurs quelque chose de son expérience de photoreporter militaire.
Dan Mireanu: Donc, pour le début, je veux vous demander si vous avez eu un guide. Si oui, qui est-il, où l’ avez- vous connu, comment l’ avez- vous connu? C’ est important pour un photographe d’ avoir un guide ?
David Savary: Je n’ai pas eu de guide, j’ai appris seul en lisant beaucoup de magazines, dont l’incontournable Chasseur d’Images.
Dan Mireanu: Quelle a été la première photographie publiée dans un journal, une revue? A quel âge et où a-t-elle parue? Gardez- vous cette photo?
David Savary: Ma première photo publiée est un portrait d’une jeune demoiselle, Delphine, dans le magazine Objectif Photo début 2005, je crois. J’avais 32 ans, et je pratiquais la photo depuis 6 ans.
Dan Mireanu: Qui a été le photographe que vous avez aimé pendant la jeunnesse? Le photographe que vous pouvez recommander à un débutant pour son style?
David Savary: Cartier Bresson, Capa, Jonvelle, Doisneau…. Tous les photographes ont a apprendre d’eux. Surtout de Doisneau et Capa car ils incarnent deux styles différents ; l’un cherche à être invisible pour ne pas perturber la scène qu’il photographie, et l’autre est partisan de la photo au plus prés de l’action, en contact avec les personnes photographiées.
Dan Mireanu: Pouvez-vous donner un petit conseil à un débutant?
David Savary: On photographie bien ce que l’on aime, ce que l’on connait bien. Il faut d’abord se faire plaisir, et ne pas trop se perdre en voulant essayer tous les domaines de la photo.
Dan Mireanu: Un petit secret pour un débutant…
David Savary: Se poser la question : Qu’est-ce que je veux montrer ?Avant de déclencher, ressentir les lieux, les personnes, se forcer à regarder toute la scène dans le viseur pour définir le meilleur cadre, éliminer les détails gênants. C’est pas parce que les photos en numérique ne coûtent rien qu’il faut multiplier les déclenchements en se disant : “je ferais le tri après”.
Dan Mireanu: Comment peut- on éduquer l’oeil à prendre une photo? Quel est le rapport entre l’ appareil et l’ oeil du photographe ?
David Savary: Il faut apprendre à regarder, pas simplement voir, mais redécouvrir les volumes, le jeu des contrastes, des opposition de couleurs, de masse. Guy le Querrec dit : “Il faut se passer l’oeil au papier de verre”. Je trouve que c’est la meilleure formule qui soit ! La technique est importante, mais c’est le photographe qui presse le déclencheur, et qui montre une réalité en l’interprétant en fonction de ce qu’il ressent. La technique et les effets qu’elle permet de produire doivent rester des outils. Le photographe les utilisera pour traduire sa vision d’une scène, ou d’un sentiment. La technique prend plus d’importance dans un travail de commande, car il faut absolument tenir compte de l’utilisation finale de l’image, et des contraintes de post-production qu’elle va subir.
Dan Mireanu: Il y a des règles de composition dans une photo? Avez- vous strictement respecté ces règles (lesquelles)?
David Savary: Je pense qu’il faut connaître certaines règles importantes comme celle des tiers ou le sens de lecture de la composition. Mais je ne les respecte pas toujours ; le déséquilibre qui en résulte alors est un bon moyen pour capter l’attention du spectateur et provoquer une réaction.
Dan Mireanu: Pouvez-vous raconter une histoire intéressante que vous avez vécue en tant que photographe, une aventure toute pleine de risque?
David Savary: Je photographiais un avion sur une base aérienne, en France, lorsqu’un ami m’a soudainement tiré en arrière par la ceinture de mon pantalon …. Le Transall que je photographiais sur le tarmac se rapprochait de moi, et ses hélices énormes tournaient à pleine vitesse vraiment très près de moi, elles ont failli m’aspirer ! A travers l’objectif la perception des distances n’est pas conforme à la réalité, et j’étais trop concentré sur mon sujet pour m’en apercevoir. Dans le même style, je suivais en voiture un alphajet au roulage. J’étais sur le siège passager. Pour faire de meilleures images, je baisse la vitre et sors presque complètement du véhicule. Super, je fais de bien meilleures images ! Mais le pilote à soudainement mis un coup de gaz ! Le souffle a manqué de me faire tomber de mon perchoir, mon appareil m’a presque échappé des mains, et mes tympans se souviennent encore du bruit des réacteurs !!!
Dan Mireanu: Y a-t-il une photo qui a changé votre vie, qui a eu un effet surprenant sur vous, sur votre psychisme?
David Savary: Chaque fois qu’une photo me fait me dire : “Ah, je n’avais pas vu ça comme cela”, elle a un impact sur ma façon de voir les choses.
Dan Mireanu: A présent, la photographie a gagné ou a perdu du terrain?
David Savary: Indéniablement la photo a gagné du terrain. Nous vivons dans un monde gouverné par l’image. Le moindre téléphone portable permet de faire des clichés. Mais il y a un effet pervers ; ces photos sont faites rapidement sans vraiment se soucier de la composition. Beaucoup de photos sont créées, mais pas toutes avec la même qualité. Prendre une photo est un acte engagé, pas anodin. Alors oui, la photo gagne du terrain, mais elle ne gagne pas en qualité, elle ne transmet pas de message.




